Par sa structure,
ce spectacle reflète mon identité actuelle. En effet, treize
ans passés dans le Bas- du-Fleuve au Québec ont fait de
moi un baobab recomposé. Entre mes racines africaines
et mon feuillage québécois, se dresse mon tronc sénégalais.
Je suis un hybride identitaire et D'Hiver cité est
une fusion complète entre
l'Afrique
et le Québec.
Quand j'ai commencé à écrire ce spectacle, je me
suis fixé trois objectifs.
1. Il fallait que ce soit très drôle. 2. Il fallait
que mon humour fasse réfléchir. 3. Il fallait que le spectateur voyage d'une émotion à
l'autre. Je vous recommande de lire ma démarche artistique pour plus de
détails.
Par son savoureux mélange d'humour, de contes humoristiques, de proverbes
et de chansons africaines, ce spectacle est donc un voyage entre
la banquise et la savane.
Si vous voulez rire aux larmes et écouter toute la poésie et les enseignements
de la sagesse africaine, D'Hiver Cité est à découvrir.
Boucar Diouf
Les Productions
Percy Savard : (514) 727-2548.
Ma démarche artistique
J’habite l’Est-du-Québec depuis 1991. Je suis né et
j’ai grandi dans un petit village au centre du Sénégal.
Dans ma région natale, les rôles sociaux sont prédéfinis
pour chaque composante ethnique de la population. N’est pas artiste
de la scène qui se sent habité par le besoin de créer.
L’univers des arts est presque exclusivement réservé aux
individus issus des castes : les griots, les forgerons et les sculpteurs.
Tout petit, je sentais déjà en moi le besoin de jouer
de la musique, de raconter des histoires et de faire rire les autres.
Cette sensation était tellement forte que, parfois, je ne pouvais
m’empêcher de faire des escapades dans le monde des castes,
ce que mon père n’appréciait pas vraiment. Je me
suis alors consacré corps et âme aux études qui
faisaient davantage la fierté de ma famille. Il a fallu que
je termine un doctorat en océanographie pour découvrir
que le métier de chercheur n’était pas vraiment
ma véritable vocation, que je voulais m’exprimer plus
que par la science. Aujourd’hui, plongé dans l’humour,
le conte et la musique, je me suis retrouvé, même s’il
a fallu pour cela choisir la précarité du métier
d’artiste à la carrière de chercheur. De
toute façon, même si je voulais continuer dans la recherche,
il est parfois difficile pour un Africain de prétendre, au Québec, être
un spécialiste du « frette ». Pourtant, comme je
le souligne dans mon spectacle, j’ai fait ma thèse de
doctorat sur les adaptations au froid chez l’éperlan.
Je ne me suis
jamais demandé pourquoi j’avais
besoin de créer. Je crée pour nourrir cette flamme intérieure qui m’a toujours habité et
qui déstabilise parfois mon homéostasie. Je crée
aussi pour semer et l’humour m’apparaît comme un
champ fertile, c'est un moyen de communication adéquat pour
mettre en évidence les interactions et les conflits entre
les groupes ethniques, pour faire tomber les masques et bousculer les représentations. L'humour doit terrasser des réalités,
proposer de nouvelles façons de voir les choses et servir
de centre de cristallisation et de point d’ancrage à l’émergence
d’une nouvelle identité. En tant que Québécois
d’origine ethnique, la nouvelle identité à laquelle
je ne cesse de rêver est celle qui outrepasse les seules limites
de la race, de la religion et du territoire. Je rêve d’un
monde de tolérance et de confiance inébranlable en
la diversité créatrice. L’humour est également
une des manifestions et un des lieux d’élaboration de
la culture d’un peuple. Or, à l’heure où les
flux migratoires tendent à homogénéiser la population
mondiale, on ne peut pas parler de culture sans parler de différences
et de rencontres culturelles. L’hybridation de genres humoristiques
venus de différentes contrées me semble être
un bon outil de rapprochement interculturel. Cette hybridation est
très populaire dans le monde musical. Ma collection de disques
compte des albums où se mélangent tam-tam et cornemuse,
cithare et violon, musique classique et percussions latines. Dans
l’univers humoristique québécois, ces productions
hybrides sont encore marginales.
Ma démarche artistique s’apparente à celle d’un
griot africain. En effet, pour ces artistes de père en fils,
il n’y a pas de frontières entre l’humour, le
conte et la musique quand vient le moment « d’appeler
les émotions » et de les voir s’incarner. Tel
un héritage génétique, cette habitude de mélanger
les genres est restée profondément enfouie dans mes
cellules. Le métissage engendre des hybrides qui sont reconnus
en biologie comme étant souvent plus vigoureux que leurs parents
de race pure. Voilà pourquoi je raconte des histoires africaines
avec des expressions québécoises et pourquoi je mélange
le monologue, le conte, le proverbe et la chanson. Mon spectacle
qui s’intitule D’Hiver Cité aurait bien pu s’appeler
L’Africassée.
Rimouski se trouve sur les rives de l’estuaire maritime
du Saint-Laurent où les eaux saumâtres provenant de
l’estuaire moyen se mélangent avec les eaux salées
qui arrivent du golfe. Or, tout scientifique de la mer sait que
la richesse et la grande productivité des milieux estuariens
sont principalement causées par ce métissage. Comme
océanographe et artiste, c’est cet écosystème
particulier que j’essaie de promouvoir avec mon spectacle.
Il faut rire de nos différences pour les apprivoiser et
les dépasser.